Comment définir un album classique ? C’est la question que je me suis posé après avoir écouté « Toti Nation 2 » de Tito Prince.

Le premier volume (et sa pochette au message fort) sorti au mois d’août 2015 m’avait mis une véritable claque (Quelle Intro ! Quelle Outro !) mais la question du classique ne m’était pas passé par la tête à cause des 3-4 morceaux qui me dérangeaient sur l’ensemble de l’œuvre (Notamment sur les beats et quelques passages chantés mal négociés).

totination

Avant de revenir sur « Toti Nation 2 », faisons un flashback pour voir comment s’est amorcé ce projet.

Fort du succès de « Toti Nation », Tito signe sur Interludes (Monsieur Nov, Gen Renard, Jewel), label de la maison de disque Keyzit le 8 décembre 2015, le début d’un changement de dimension.

keyzit

Le 6 mai 2016, le MC frappe fort en dévoilant son morceau autobiographique « Zaïko » et son clip magnifique qui compte aujourd’hui plus de 1 million de vues sur youtube ! C’est la vidéo la plus visionnée de l’artiste à ce jour.

En sortant ce morceau, Tito Prince ne donne aucune information sur le futur album et le public écoute donc sans le savoir le 1er single de « Toti Nation 2 ».

Le 3 juin est une autre date importante pour Tito puisque c’est le jour de son concert au Trabendo. La salle est remplie à ras bord et les observateurs se rendent enfin compte de la force des supporters du rappeur : la Toti Nation. Un show d’anthologie !

Un nouveau morceau intitulé « Leader né » sort pendant les vacances d’été (précisément le 1er juillet 2016), mettant une nouvelle fois tout le monde d’accord sur le niveau « rapologique » du MC mais toujours sans préciser l’arrivée d’un nouvel album.

Puis un troisième morceau pointe le bout de son nez le 14 septembre 2016, c’est « La mort de la Trap » en featuring avec Youssoupha. Une nouvelle démonstration de force et de sens pour Tito Prince bien accompagné par le Gesteur MC et un coup de buzz phénoménal grâce au thème de la chanson.

C’est le 7 octobre 2016 que l’artiste décide enfin d’annoncer la sortie du deuxième volume de Toti Nation en dévoilant la pochette du projet (Hommage à ses followers et toujours aussi forte de symbole).

Suivra le clip de « La mort de la Trap » le 14 octobre 2016 superbement réalisé par Vladimir Boudnikoff, un joli coup de com en diffusant les photos de ses supporters en mode « Toti Nation 2 » sur ses réseaux et une présence dans les médias digne des plus grands (Interview pour Génération, OKLM, L’équipe, Cstar, BET, Gospel Urbain …).

Enfin le 9 décembre arrive avec un album disponible partout en physique ou digitale (Tito Prince bénéficie du réseau de distribution de Keyzit) et un support toujours aussi fort de ses followers mais aussi des artistes (Youssoupha, Medine, Sams, Kalash Criminel …).

Revenons à ma question « Comment définir un classique ? » et surtout comment y répondre ?

Je vais commencer par vous plonger dans l’album en faisant une critique « Track by Track » de « Toti Nation 2 » mais ce n’est pas tout. J’écoute du rap tous les jours et je suis habitué à cette musique. J’ai donc décidé de faire participer ma chanteuse de femme (qui n’écoute pas de rap) à cette écoute de l’album afin de recueillir son avis plus large sur le projet du Godson.

Ils voulaient me tuer depuis (prod Zed-d)
A la manière du premier volume de « Toti Nation », le premier morceau de l’album est à couper le souffle. Une production épurée, un MC en feu et un texte qui nous met dans le bain directement, bref une entrée en matière parfaite.

L’avis de ma femme : Il y a des rappeurs qui crient et on ne comprend rien là c’est plutôt clair. Parce que je suis moi même maman, je suis touché par le passage sur les 4 fausses couches de sa mère. La grosse voix entre les 2 couplets m’a fait frissonner mais j’aime le concept et on peut s’imaginer que c’est Dieu qui parle à l’artiste.

Je fonce vers le zénith, Flow prophétique, Je viens terminer la mission qu’avais DMX. Tito Prince – Ils voulaient me tuer depuis

La drogue (prod Trueman)
Sur ce morceau, Tito utilise la personnification pour nous plonger dans la peau d’une tueuse d’âme : la drogue. Une façon de traiter ce sujet grave de manière originale. La boucle de piano et la grosse basse du beat sont idéalement adaptée pour nous plonger dans l’ambiance un peu glauque de cet univers et le refrain chanté du MC est maîtrisé.

L’avis de ma femme : Je suis choqué de l’entendre chanter, c’est rare pour un rappeur et c’est bien fait. Le sujet est traité de manière surprenante et c’est vraiment fort. J’aime pas le rap mais là ça donne envie d’écouter jusqu’au bout.

La mort de la Trap (feat Youssoupha) (prod Mim)
Commençons par la prod en un mot LOURDE avec son atmosphère guerrière en adéquation totale avec le thème du morceau. « La mort de la trap » a fait beaucoup parlé et surtout vexé des MC’s pour le côté provocateur du titre. Bien évidemment ce n’est pas la forme de la trap qui est visé dans ce morceau mais bien le fond et l’utilisation néfaste qui en est faite aujourd’hui par la majorité des rappeurs. Tito Prince et Youssoupha maitrisent leur sujet et l’association des 2 MC’s fonctionne très bien (à quand un projet commun ?).

L’avis de ma femme : J’aime moins, l’instrumental ne me parle pas. L’interprétation est différente des 2 premiers morceaux. Trop revendicateur pour moi.

MC faut se remettre à rapper c’est la mort de la Trap. Youssoupha – La mort de la Trap

Dis leur tschuss (feat. Masta Danger) (prod Claymo)
On avait le morceau « Dis-leur mon ami » du groupe Bethléem Bâtiment C on a désormais « Dis-leur tschuss » de Tito Prince. Une sorte d’égotrip rempli de punchline avec un refrain énorme. Une nouvelle bombe dans ce projet. Le beat est LOURD et l’artiste démontre une nouvelle fois son aisance au mic (avec en prime un passage en lingala). La combinaison avec son invité Masta Danger fonctionne bien.

L’avis de ma femme : Pas mal, j’aime le changement de rythme de l’instru au début. Surprise par le passage en lingala, cet artiste est vraiment polyvalent.

J’ai su dire nan (Prod Jack S Petit Cheveux)
Ambiance soulful sur ce nouveau titre avec une jolie boucle de piano. On retrouve à nouveau un Tito chanteur sur le refrain et surtout un artiste qui se livre sur la manière dont il s’en est sorti dans ce monde. Un morceau mémorable, édifiant et encourageant pour les auditeurs. Mon préféré du projet.

L’avis de ma femme : Du rap plus soft et intime que je pourrais écouter au quotidien. La mélodie est efficace et rentre vite dans la tête.

Pst. Brunel (Interlude) (prod Starzcomet)
On arrive sur un interlude. Une pause musicale assurée par un discours encourageant du pasteur Brunel dans la lignée du message général du projet.

L’avis de ma femme : J’ai reconnu le verset de Jérémie 29 : 11, un verset qui me tient à cœur, ça fait plaisir d’écouter ça sur un album de rap.

Love Song (prod Zed-d, Jakcson Mbumba et AndyBass)
On retrouve à nouveau un Tito intimiste et chanteur sur ce morceau hommage à sa maman. La production est à la fois soulful et groovy grâce à la boucle de guitare entraînante façon Rumba Congolaise. Le morceau est superbement conclu par un passage chanté en lingala de Jonathan Gambela (du groupe Mekaddishkem). Un moment Soul dans un album de rap c’est du délice.

L’avis de ma femme : ça fait tube, j’aime le côté afro/caribéen. Un titre que je pourrais mettre à fond dans la voiture avec mes copines.

Divin Mc / Le prix (prod Starzcomet et Lévi Mapams)
Après 2 morceaux et un interlude plutôt calme, l’intensité remonte d’un cran avec ce nouveau banger constuit en deux parties (encore une fois une production au top). La première partie est un égotrip avec une belle démonstration technique du MC (sans jamais tomber dans la facilité d’écriture) alors que la deuxième partie du son est plus intimiste et en relation direct avec sa foi (N’ayons pas peur de le dire, c’est Jésus qui a payé le prix).

L’avis de ma femme : C’est de la Trap ? Le changement d’ambiance est particulier. Je me demande pourquoi cet enchaînement ? Le premier son est trop « bruyant pour moi ». Vu la thématique j’aurai préféré que le deuxième son soit un titre à part entière.

6 mai 2012 (feat. Ever) (prod Starzcomet, Lévi Mapams et Jackson Mbumba)
Alors que les élections présidentielles approchent à grand pas (on connaitra notre nouveau président le 7 mai 2017), l’artiste nous offre un joli morceau traitant du sujet délicat de la politique. Alors que la plupart des rappeurs tombe dans la facilité et les insultes quand il s’agit de parler des hommes politiques, Tito prend une direction plutôt bienveillante tout en dénonçant les agissements de cette caste et notamment de notre cher président François Hollande. La conclusion magistrale du morceau est assurée par le chanteur Ever.

L’avis de ma femme : C’est bien de parler de politique de cette manière là. J’espère qu’ils écouteront avec attention.

Ma prière vous sera plus utile que mon vote. Tito Prince – 6 mai 2012

Zaïko (prod Starzcomet et Lévi Mapams)
Le premier single de l’album commence de manière simple avec quelques notes de piano et finit par une apothéose musicale constituée de la voix du MC, de drums et de différentes nappes d’instruments. Sur ce morceau, l’artiste se met dans la peau de Zaïko qui n’est autre que lui-même plus jeune. Un morceau autobiographique prenant et courageux. Une pépite.

L’avis de ma femme : Belle chanson avec un beau témoignage de l’artiste.

Une étoile parmi nous (feat. Jonathan Gambela) (prod Zed-d)
Un nouveau morceau intimiste sur une production soulful à souhait et un refrain chanté par Jonathan Gambela. L’artiste y raconte son parcours dans la musique et passe un message fort dans la conclusion du morceau.

L’avis de ma femme : C’est mon frère car moi aussi je suis une étoile. Encore un beau témoignage.

Leader né (prod Starzcomet)
#Bang décidément cet album est rempli de banger ! Une nouvelle fois le MC nous offre un morceau LOURD et balade tranquillement son flow celeste sur le beat hypnotique. Encore une fois, Tito ne se contente pas de kicker mais apporte un message consistant en confirmant sa position en tant qu’artiste.

L’avis de ma femme : L’instru c’est pas mon style mais j’ai accroché au morceau grâce aux paroles.

Je viens poser quelque chose / Je ne les suis plus bêtement. Tito Prince – Leader né

Abba Père (prod Zed-d et Lévi Mapams)
Sur une vibe afro/caribéenne, Tito Prince s’adresse à son père céleste en utilisant des images que les auditeurs comprendront avec quelques recherches sur le vocabulaire chrétien (un petit tour dans la bible dans Marc 14 :36, Romains 8 :15 et Galates 4 :6). Une jolie perle de douceur dans cet album rempli de banger et un Tito qui nous monte une fois de plus son talent pour le chant.

L’avis de ma femme : « Daddy Oh » ça fait penser au morceau de la chanteuse Morgan. Jusque là tous les textes sont censés et donnent du poids à l’album.

Un fils de roi à Paris (prod Mim)
Changement d’ambiance, dès la première note une atmosphère lourde s’installe. Puis le MC prend les commandes du morceau en restant très sobre dans le flow pour mettre en avant son texte. Un peu comme dans « Leader Né », l’artiste nous parle de sa position de fils de roi (l’image pour dire chrétien) dans cette société et en quoi ça change tout.

L’avis de ma femme : Le titre est épuré, c’est bien. Avec un titre comme ça, plus de doute sur la personne, on sait qui il est et la valeur de son message.

Mon ami parakletos (prod Starzcomet et Lévi Mapams)
Dernier morceau du projet et dernière claque. Décidément Tito Prince est maître dans l’art d’ouvrir et de finir ses albums ! Ce que j’aime avec ce rappeur c’est son langage très imagé qui force à faire quelques recherches afin de mieux comprendre ses textes. En l’occurrence, je suis parti à la recherche de la signification du mot parakletos « Celui qui intercède ou consolateur » en grec. Tito nous parle donc de Jésus-Christ : sa raison de vivre et aussi la raison pour laquelle il est artiste aujourd’hui. La production est simple mais chaleureuse et met en avant le flow mi chanté mi rappé caractéristique du MC.

L’avis de ma femme : Lourd, mon morceau préféré. Texte rempli d’humilité et de reconnaissance envers Dieu. J’adhère complètement.

Conclusion
Tito Prince nous offre assurément l’un des meilleurs albums de rap français de l’année 2016. « Toti Nation 2 » va marquer son époque par son message fort et courageux mais aussi par son univers musical riche. L’artiste s’améliore d’année en année notamment dans les passages chantés.

Je n’ai pas peur de le dire : cet album est un classique et pour répondre à la question de départ, en voilà les raisons :

  • Un album qui s’écoute de la première à la dernière chanson sans zapper ;
  • Un univers musical varié, original et assumé (la forme) ;
  • Des messages forts et impactant (le fond) ;
  • Une leçon de rap (flow, écriture) et un artiste qui n’a pas peur de chanter ;
  • Ma femme est réconcilié avec le rap avec cet album 🙂 ;
  • Un projet que j’écouterai encore dans 10 ans.

N’hésitez pas à laisser vos commentaires sur cette chronique et à me dire si vous aussi vous considérez cet album comme un classique.

Mon top 3
J’ai su dire nan
Mon ami parakletos
Dis leur Tschuss

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